Deux siècles d’histoire ressuscités sur les tombes de neuf anciens maires.
À l’initiative de l’historien local Éric Petit, le conseil municipal de Bors a distingué neuf tombes d’anciens maires. L’occasion de raconter au travers de leurs mandats, l’histoire de la commune et d’inviter les administrés en cette période de la Toussaint à aller visiter le cimetière.
« J’avais vu une commune, Cognac, je crois, mettre une fleur sur la tombe de chacun de ses anciens maires à l’occasion de la Toussaint », démarre Éric Petit, féru de l’histoire de Bors-de-Montmoreau depuis plus de vingt ans. « J’ai voulu reproduire ce geste ici. J’ai répertorié neuf tombes, j’ai fait des recherches sur chacun des mandats de ces élus pour, à travers eux, raconter l’histoire de la commune. »
Son idée mûrie, il plaide pour des plaques scellées aux caveaux, « des 10 par 20 avec le logo de la République et le nom de chacun de ces édiles qui ont parfois été effacés par le temps. Avec l’autorisation des familles, qui ont été très impliquées, et du conseil municipal, qui a été le financeur, nous avons pu honorer ces mémoires ».
Ce projet a en effet conquis le maire, Jacky Renaudin, « une manière de se souvenir de tout le travail de ces anciens maires, des personnes qui ont œuvré au développement de la commune », note-t-il. Alors, avec son conseil, il a bien volontiers alloué la somme de 800€ pour ce faire.
En cette veille de la Toussaint, toutes les plaques ont été scellées et une cérémonie a été organisée le 24 octobre. Tout le monde peut se rendre auprès de ces tombes, voilà l’histoire des personnes qu’elles abritent.
Les bâtisseurs du XIXe siècle
Louis de Gastebois de Marignac. Maire de 1814 à 1822, il louait à l’époque une salle chez le restaurateur pour tenir ses réunions. Pour faire des économies, il instaure les assemblées chez le premier magistrat en fonction.
Pierre Bourdier Lanauve. Il a été désigné par le préfet trois fois maire, de 1840 à 1843, de 1846 à 1851 puis de 1854 à 1880. Malgré ses 34 ans d’exercice, il ne détient pas le record de longévité à cette fonction à Bors. Pierre Bourdier Lanauve a été à l’origine de la création de l’ancien cimetière à côté de l’église, de la création des halles et du renouvellement de la cloche de l’édifice religieux.
Pierre Bouffard. Il est le dernier maire non élu. Il exerce de 1851 à 1854. Ensuite, les mandats passent à 5 ans.
Les maires de guerre
Gaston Bouffard. Le fils de Pierre prend la tête de la commune en 1880, lui va connaître l’épreuve des urnes. Il détient le record de gouvernance avec 40 ans de mandat, jusqu’en 1920. Durant ces quatre décennies, la commune verra la création de l’école (1890), de la place aux monuments (1894), d’un bureau de poste (1910) et de l’installation des lignes téléphoniques (1914). Il gérera aussi le premier conflit mondial et déplorera la mort de 32 de ses administrés.
Antoine Goumard. Il devient maire en 1929. Il décédera lors de son second mandat en 1937. Il sera l’instigateur de la création d’un poste de secrétaire de mairie. Il obtiendra un arrêt de bus sur la ligne Aubeterre-Angoulême. La distribution de courrier se fera en automobile à partir de 1933. Le village lui doit la création des WC publics en 1936, les élèves le remercieront d’avoir créé un poste de balayeuse dans l’école, tâche qui leur incombait auparavant.
Alfred Chatelier. Il sera le premier magistrat de la Seconde Guerre mondiale et quittera cette fonction en 1945. De ses mandats, l’histoire retiendra l’arrivée de l’école mixte (1937), la création d’une cantine scolaire (1939), du club de football la même année, l’électrification de l’église (1941). Surtout, il a évité d’être fusillé avec 200 de ses concitoyens. Il a aussi accueilli de nombreux réfugiés mosellans.
L’ère de la modernité
Marcel Masif. Ce maire verra l’arrivée du vote des femmes. Ses mandats seront renouvelés jusqu’en 1964. Lui aussi aura à vivre avec les conflits (Algérie et Indochine) et ses morts (3). Ses années de gestion verront une révolution de modernité poindre dans le village avec l’arrivée de l’électrification du bourg ou de l’eau courante. Il sera surtout le premier maire à imposer une limitation de vitesse dans la traversée de la commune après avoir été victime d’un accident de moto. Son mandat sera marqué par un gigantesque incendie, en 1960, ayant ravagé 400 ha aux abords du moulin.
Arthur Chatelier. Entre 1964 et 1977, l’édile verra l’arrivée du tout-à-l’égout, du téléphone public ou encore du chauffage central dans les classes. Il sera l’instigateur d’un pare-feu dès 1971 suite au traumatisme de 1960. Il transformera l’ancien cimetière fermé depuis 30 ans en place des Halles.
Marcel Dupuy. Jusqu’en 2001, Marcel Dupuy exercera la fonction. Il sera à l’origine de la création du lotissement de chez Meilly (1986) et du stade de football (1987). Il essuiera deux tempêtes (1983 et 1999). Il sera également à l’accueil de Jacques Fouchier, secrétaire d’État à l’agriculture, en 1980, lors du championnat de France des labours où 40.000 personnes s’étaient pressées.