La renouée du Japon ne se vend dans aucune jardinerie française. Elle sort de l'asphalte, du béton et des fondations, et quand on la repère, le réseau souterrain est déjà bien installé.
Reynoutria japonica est classée parmi les espèces invasives les plus problématiques d'Europe par l'Union internationale pour la conservation de la nature. En France, elle colonise les berges de rivières, les talus ferroviaires, les friches industrielles et de plus en plus de jardins privés, du nord au sud. Ses rhizomes descendent jusqu'à 3 m de profondeur et s'étendent latéralement sur 7 m depuis la partie visible. Ils traversent l'asphalte, les fondations, les canalisations. Au printemps, les pousses percent le bitume d'un parking ou la dalle d'un garage sans difficulté, avec une croissance pouvant atteindre 2 cm par jour.
Un fragment de rhizome d'à peine 1 cm suffit à régénérer un nouveau pied. Bêcher, fraiser ou pelleter sans précaution disperse ces fragments et multiplie l'infestation. En France, la terre contaminée par des rhizomes de renouée est soumise à des règles de gestion strictes et ne peut pas être déplacée librement.
La plante atteint 3 à 4 m en une saison, avec des tiges creuses rappelant le bambou, de larges feuilles en forme de cœur et des grappes de petites fleurs blanches en fin d'été. En hiver, la partie aérienne disparaît complètement, mais les rhizomes restent intacts et repartent dès mars.
Le protocole le plus documenté pour tenter une éradication demande 3 à 5 ans de traitement herbicide systémique, injecté dans les tiges creuses en fin d'été, au moment où la plante redirige ses réserves vers les rhizomes. Couper ou faucher sans traitement aggrave la situation. À ce jour, aucune méthode biologique fiable n'a été validée à grande échelle.
Comment elle arrive dans un jardin : terre de remblai contaminée, compost non contrôlé, jeunes pousses confondues avec du bambou sur un marché ou un site de troc. Un simple sac de terre provenant d'un chantier en bord de rivière peut contenir des fragments capables de coloniser un terrain en deux saisons.
Si vous repérez des tiges creuses tachetées de rouge, des feuilles en cœur et une croissance rapide au printemps dans une zone où vous n'avez rien planté, ne touchez à rien. Photographiez la plante, identifiez-la avec certitude, puis contactez la FREDON de votre région ou le service environnement de votre commune.