Par Kévin Goeuriot - La Lorraine au cœur
Le Mont, dans le département des Vosges. A l'entrée de ce petit village perdu dans la pittoresque vallée du Rabodeau se trouve un calvaire pour le moins original. Avec ses courbes et ses volutes, l'édicule, tout en grès rose des Vosges, s'inspire des formes en vogue dans l'art baroque, un style paradoxalement assez peu représenté en Lorraine. Probablement érigée au XVIIIe siècle (c'est-à-dire à une époque où le village relevait de la terre de Salm), cette croix de chemin a de quoi intriguer l'amateur de vieilles pierres.
Le socle en effet est couvert de symboles étranges. Des bas-relief qu'il faut prendre le temps d'observer et de relier à certains passages de l'évangile. La partie inférieure du monument est en effet ornée des armae Christi où, si l'on préfère, les objets qui ont servi à la passion du Christ. On reconnait en effet le marteau qui a servi à planter les clous et la tenaille utilisée pour les ôter. On trouve aussi l'échelle servant à la descente de croix et le roseau au bout duquel est plantée l'éponge destinée à désaltérer le Christ en croix. Juste au dessus de ce "bouquet d'objets liés à la passion" se trouve un objet plus difficile à identifier. S'agit-il de la couronne d'épine ou, comme on serait tenté de le supposer, du voile que sainte Véronique utilise pour éponger le visage du Christ alors que celui-ci montait au Golgotha ? Difficile à dire. Les éléments qui ornent le registre supérieur du socle, tout en étant encadrés par deux volutes dignes de celles que l'on retrouve sur les violons semblent d'ordre décoratifs. On trouve en effet des motifs floraux ainsi qu'un visage d'ange orné de deux petites ailes, un thème récurrent dans l'art populaire du XVIIIe siècle. Juste sous le croisillon se rencontre enfin un crâne posé sur deux tibias installés en sautoir. La mort qui, ici, est supplantée par un Christ appelé à resusciter...
Cette photographie nous a été transmise par Monsieur Perney, un de nos lecteurs que nous remercions. Elle nous permet de voir quelle était la piété des Lorrains d'il y a trois cents ans. Une piété simple et populaire. Une piété qui a permis, à un sculpteur anonyme du comté de Salm ou de la principauté de Salm-Salm. Principauté née en 1751 et qui finira par être annexée à la France en 1793. Mais ça, c'est déjà une autre histoire. Une histoire que la présente page évoquera certainement dans un avenir proche...